mardi 1 avril 2008

La neige

Rien que le titre de ce billet accolé à la date du premier avril pourra inspirer de la lassitude, voire du dégoût chez certains lecteurs dont je tairai la localisation. Soyez sans crainte, contrairement à l’hiver je sais être bref.

N’empêche, on en parle beaucoup de cette neige. Chaque flocon trouve son commentateur. On aime relater notre courage face au record de précipitation fracassé cependant que l’on préférerait un climat plus tempéré. Jusqu’à mon ami Foglia qui, sans doute par impatience de la retraite, en a fait une chronique non équivoque.
(Même si je ne l’ai jamais rencontré, j’écris "mon ami Foglia" pour faire class, car il m’a cité dans une de ses chroniques l’automne dernier. Ne cherchez pas, c’était sous un autre nom. Maintenant nous sommes quittes.)

Si vous n’avez aucune envie d’aller nus embrasser des statues tels des Diogène alors que la température demeure systématiquement sous les normales, rien ne vous empêche de vous rabattre sur d’autres exemples de philosophes grecs. Dans le cas qui nous occupe, Épictète me semble tout indiqué.

J’ignore si Épictète avec sa patte folle apprécierait notre hiver et ses étendues de glace. Mais telle n’était justement pas sa doctrine. Qu’il tombe plus de quatre mètres de neige en un hiver n’est ni bien ni mal en soi puisque cela est extérieur à nous et indépendant de notre appréciation.

Tout l’univers peut se catégoriser en deux classes selon Épictète. Ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Il faudrait être un crétin fini pour croire que la neige fait partie de la première de ces classes. D’ailleurs, aussi puissant puissions nous être, bien peu de choses en somme appartiennent à cette première classe sinon notre pensée, et encore…

Toujours selon Épictète (bien que personne n'oserait démontrer le contraire) la sagesse veut que l’on ne se préoccupe que de ce qui dépend de nous. À dire vrai, cela est déjà beaucoup pour la majorité d’entre nous, nonobstant le nombre insignifiant de choses sous notre dépendance.

Que l’on en fasse le sujet de lignes ouvertes, de chroniques, que l’on y consacre une chaîne de télé et pourquoi pas qu’on y mêle le gouvernement, cela ne change rien à l’affaire, ce n’est pas matière à débat, la neige est là.

Ma femme, qui a résolument épousé le parti d’Épictète sur les questions météorologiques, ne cesse de me répéter que nous ne pouvons rien contre cette neige. Mais c’est justement parce que cela est complètement inutile qu’en plus de l'avoir pelletée, je la commente maintenant cette neige.

7 commentaires inutiles et incertains:

Renart L'éveillé a dit…

Il faut donc travailler sur ce qu'on peut changer : notre intérêt et notre (im)patience par rapport à cette foutue météo!

Pour la totalité de la population, ça serait un foutu gros contrat.

Mon défaut, c'est que je lis des choses pas très belles par rapport à nous dans ses soubresauts...

Gabriel a dit…

Ainsi Épictète n'avait pas lu "le secret".
Agaguk l'avait bien compris, il hait le vent de toutes ses forces, justement parce qu'il sait qu'il ne peut pas le controler.

ton paternel a dit…

Ce matin, lors de notre marche rapide quotidienne, je disais justement à ta mère que cet hiver, pour la première fois de ma vie, je comprends et approuve les snowbirds. De deux choses l'une: ou bien cet hiver a eu raison de mon amour de toujours pour lui, ou bien j'ai désormais atteint l'âge d'être moi-même un snowbird. Dans les deux cas, je trouve cela très triste.

Ce Bref Réveil a dit…

Renart, vous avez bien saisi l'essence du message d'Épictète. Malheureusement, nul n’a jamais prétendu qu'être sage était facile, ni même possible...

Gabriel, voilà que je relate une philosophie millénaire alors que les tout derniers développements en matière de sagesse sont offerts dans n'importe quelle section littéraire d'une tabagie ou d'une pharmacie.

Père, aimer l'hiver 4 mois par année cela est sain et normal, l'aimer durant 6 mois cela devient troublant et relève de la psychiatrie.

Renart L'éveillé a dit…

En effet!

gaétan a dit…

Je suis content de votre retour. Mais avez-vous seulement disparu ? Qu'importe!
Concernant Épictète et les choses dont on a pas le contrôle ça me fait penser à la prière de sérénité: "Mon dieu donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d'en connaître la différence."

Ce Bref Réveil a dit…

Belle prière, merci.
Le stoïcisme était très en vogue à Rome au début du premier millénaire. Le christianisme s'en est fortement inspiré. Il n'est pas étonnant de voir beaucoup de similitudes entre les morales stoïcienne et chrétienne (et plus précisément catholique.)